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Chiapas al Día, No. 262
CIEPAC
Chiapas, México
3 Octobre 2001

GUERRE MONDIALE "SAINTE" ET "DE LONGUE DURÉE"

La Troisième Guerre mondiale s'est terminée avec la chute du mur de Berlin. Elle a enterré la "Guerre froide" ainsi que le communisme de cette époque, alors que l'Union soviétique se retirait de l'Afghanistan après sa défaite. Aujourd'hui, la Quatrième Guerre mondiale a anéanti les murs du néolibéralisme: les Tours jumelles du Centre mondial du commerce (World Trade Center) et le bras militaire du néolibéralisme, le Pentagone. Certains analystes internationaux interprètent ces événements comme le début d'une longue fin annoncée. Bien que le capitalisme reste intouchable et sans remise en question, c'est la fin de la globalisation du néolibéralisme. D'autres y voient l'exacerbation des contradictions néolibérales ou les possibilités de profiter de la transition pour construire un autre projet mondial plus juste, plus humain: un monde pour toutes et tous.

Pour ceux qui s'accrochent au "modèle" néolibéral, cette guerre est l'occasion de sauver le capitalisme de son suicide, de sa pire récession mondiale, de renforcer ainsi que de redéfinir le corporatisme financier de Wall Street. Ainsi, l'accélération de la tendance néolibérale est une des conséquences immédiates qu'on peut observer: la richesse est de plus en plus concentrée en de moins en moins de mains, concentrée dans les corporations transnationales et dans chacune des branches de l'économie mondiale. Après les attentats terroristes du 11 septembre, il y a eu fermetures d'entreprises, de commerces, crises dans les compagnies aériennes, les banques et les systèmes financiers. Seuls les plus grands et les plus puissants gagneront et ils engloutiront tous les autres. Le nombre de chômeurs, de réfugiés, de morts et d'affamés a augmenté de façon accélérée lors de ces dernières semaines.

Dans les périodes historiques de transition mondiale profonde, comme celle que nous vivons actuellement, prédominent la confusion et l'obscurité quant aux conséquences objectives à long terme qu'entraîne une guerre planétaire. Tout dépend de la façon dont les forces politiques et économiques se repositionnent au niveau mondial, ce qui se définit au cours du conflit dont la transition peut durer dix ou quinze ans. Il a fallu quinze ans pour passer du libéralisme économique au modèle de l'Etat de Bien-être, de la Récession économique mondiale de 1929 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 1945. A ce moment-là, personne n'imaginait la naissance des deux institutions et outils qui changeraient le cours de l'économie mondiale: le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM).

Quinze ans se sont écoulés entre l'Etat de Bien-être et le néolibéralisme, avec les guerres, les violences et l'émergence de guérillas d'opposition, de 1975 aux années 80. Les dictatures militaires qui se sont finalement installées, soutenues par la CIA et le gouvernement des Etats-Unis (EU), ont facilité la transition et l'application des politiques néolibérales. De même, la BM et le FMI, sous l'appellation d' "ajustement structurel", et sous la couverture hégémonique des EU dans l'économie mondiale, ont commencé à s'imposer. Durant toutes ces transitions, l'industrie militaire a réactivé l'économie et renforcé les intérêts du grand capital transnational.

Le néolibéralisme, après 30 ans d'existence, se trouve maintenant au sommet de sa crise, déjà annoncée avant le 11 septembre. Les grandes mobilisations mondiales contre la globalisation et la crise de l'économie mondiale avaient annoncé cette catastrophe.

Selon l'Organisation internationale du Travail (OIT), mille millions de personnes dans le monde se trouvent déjà sans travail ou en sous-emploi. L'Allemagne et le Japon sont les pays industriels qui connaissent les plus grands problèmes, car ils comptent cent mille mise en congés de travailleurs par mois. Parmi les entreprises transnationales qui comptent le plus de licenciements, on trouve General Electric avec une suppression de 75.000 emplois; Chrysler avec 25.000, Coca-Cola avec 6.000 et Xerox avec 5.200. Pendant les vingt-cinq dernières années d'économie néolibérale, les cinq cents entreprises les plus grandes du monde ont licencié cinq millions de travailleurs. Tous les organismes internationaux, parmi lesquels on peut citer le FMI et l'UNCTAD, ont affirmé que les EU, le Japon et l'Union européenne (UE) se dirigent vers une récession inévitable qui aura un effet dans le monde entier. Aux EU, la confiance des consommateurs se trouve au niveau le plus bas depuis quinze ans et la perte accumulée de la bourse de New York est la plus forte de ces trente dernières années.

Le 11 septembre, les actions terroristes ont causé la mort de sept mille personnes innocentes d'environ soixante nationalités. Pour la première fois depuis 1812, les EU ont été attaqués sur leur propre territoire. Ces morts s'ajoutent aux milliers de victimes de nombreux actes terroristes provoqués par plusieurs groupes et gouvernements du monde. Mais, cet événement a modifié le chemin et les conditions sociales, politiques, économiques et militaires de la planète. Les EU lancent toute leur puissance militaire avec les appareils de guerre les plus sophistiqués, des milliers de millions de dollars et des milliers de soldats vers l'Afghanistan pour retrouver un homme, qui, avec une poignée de complices armés de couteaux et de passeports, est responsable des attentats terroristes de New York et Washington. Ils sont devenus les "pirates aérosuicides" qui ont renversé le monde.

Nous sommes dans une guerre mondiale et mondiaux sont ses effets. Toutefois, qui perd et qui gagne?Quelles sont les caractéristiques qui font de cette guerre une Quatrième Guerre mondiale? Les théories se transforment, se déforment, se manipulent ou mûrissent. Brzezinski, Giddens, Huntington, Soros, Friedman et Fukymana et d'autres intellectuels du système  justifient ou lancent dans l'arène leurs théories sur la fin du monde, parlant de "choc des civilisations", de crise du "capitalisme global", de "troisième voie", de "crise des démocraties", etc. La philosophie, la sociologie, l'économie, l'éthique et même la religion sont entrées dans une crise plus profonde que jamais. De même, les évêques du monde entier, réunis à Rome n'ont pas réussi à se mettre d'accord pour qualifier les tueries qui se produisent actuellement en Afghanistan et les dimensions éthiques du conflit. La violence et les morts sont-ils inévitables pour rendre justice ? Peut-on justifier les millions de dollars dépensés en armes, tandis que des millions de personnes souffrent de famine? Est-ce que l'aide humanitaire dans le contexte d'une guerre peut nourrir la violence? Les religions peuvent-elles supporter la guerre sans la condamner énergiquement? Ces questions et mille autres émergent de cette guerre absurde. De toute façon, on constate que ni le capitalisme, ni le communisme, ni l'Islam avec leurs expressions terroristes et fondamentalistes n'ont pu résoudre les problèmes écrasants de l'humanité. En outre, les religions peuvent être aussi fondamentalistes ou terroristes que la vie politique ou même être instrumentalisées par la vie politique.

La guerre paralyse le commerce et ses voies commerciales maritimes, terrestre et aériennes. Elle paralyse également les transactions financières, les investissements productifs et les spéculations boursières, entraînant des pertes de millions de dollars chaque jour, pertes qui dépendent de la confiance en la cessation de la guerre. Seules les grandes entreprises survivront au travers des fusions, achats et pillages. Aujourd'hui, les gouvernements du monde réorientent leurs dépenses vers la sécurité et la défense militaire. Dépendantes du dollar, les monnaies fluctuent rapidement ce qui provoque l'insécurité et l'instabilité commerciales. Ceux qui perdent sont les entreprises et les pays qui dépendent du commerce extérieur. En revanche, les pays et les entreprises qui gagneront quelque chose de ce conflit sont ceux qui produisent pour alimenter ou maintenir la guerre: quelques producteurs de pétrole, d'énergie, d'acier, d'or, de textiles indispensables à la fabrication des uniformes militaires, de produits chimiques et de leurs dérivés. Des compagnies d'assurances perdent et d'autres augmentent leurs quotes-parts et leurs gains. Les compagnies aériennes transfèrent leurs coûts sur les usagers. La consommation de drogue augmente (les EU sont les premier consommateurs dans le monde) et les prix baissent. Certains cartels de la drogue perdent et d'autres gagnent de l'espace sur le marché, ils cherchent de nouveaux débouchés face à la militarisation mondiale et la guerre contre l'Afghanistan, pays qui est, par ailleurs, le principal producteur d'opium dans le monde et le principal fournisseur d'héroïne de l'Europe.

La guerre soulève des intérêts économiques et politiques multiples et complexes. Aux yeux de quelques analystes, plusieurs entreprises étaient au courant de l'attentat, car des liens suspects ont été établis entre des politiques et des industriels et des changements à la bourse ont été constatés quelques jours avant l'attentat. De toute façon, dans les Tours jumelles, les archives confidentielles de la CIA ont été détruites, l'or a été enterré, ainsi que les documents secrets de toutes sortes d'entreprises et de banques transnationales les plus puissantes de la planète. Parmi les décombres, on a pu voir des bras ligotés. Cet attentat a provoqué une baisse du tourisme aux EU. Les magasins à New York ont fermé ou étaient vides. Les milliers de Latins ou des Caribéens qui travaillaient dans les sous-sols de l'économie en tant que balayeurs, ambulants, nettoyeurs, garçons de café, cuisiniers, peintres, maçons, etc.constituent la population la plus vulnérable face au chômage.

Les relations de pouvoir et les alliances mondiales se modifient, quelques-unes se polarisent et d'autres se fortifient; certaines se constituent aujourd'hui et vont se défaire demain, d'autres ne savent comment elles s'accommoderont de la nouvelle scène mondiale. Des nouveaux acteurs  vont émerger et d'autres vont disparaître. Des pistes apparaissent peu à peu dans diverses analyses et informations pour nous aider à déceler les causes profondes de cette guerre. Parmi elles: des pistes mettent en cause le narcotrafic, les intérêts de l'industrie militaire, la crise du système économique mondial, le contrôle du gaz et du pétrole, les problèmes de l'élite politique étasunienne ou la réaction contre les attentats terroristes qui ont atteint le degré maximal. Dans tous ces conflits, il n'y a  pas de patriotisme ou de revendications religieuses ou culturelles; il n'y a pas des nationalités ni de fidélité au-delà des gains qui est l'axe qu'articulent les alliances tactiques ou les stratégies mondiales. La guerre lèvera temporairement quelques blocages économiques des EU sur certains pays à condition que ceux-ci se rallient à leur cause. Une fois accomplie leur mission ces pays seront étouffés. A ce moment-là,  d'autres murs et barrières contre d'autres ennemis seront érigés.

Les gouvernements du monde profitent de ce conflit pour éliminer leurs ennemis internes. Les terroristes apparaissent partout. Cette guerre est, pour les EU, l'opportunité d'anéantir ses ennemis historiques et pour les gouvernements nationaux d'éliminer les leurs. Toute manifestation en faveur de la paix, contre la guerre et le néolibéralisme est considérée comme terroriste. Pour l'Espagne, c'est le moment de demander de l'aide et d'éliminer l'ETA, pour la Colombie les FARC, pour le Mexique l'ERP, l'ERPI et l'EZLN. Chaque pays commence à actualiser l'inventaire de ses ennemis internes. Les EU seront prêts à offrir de l'aide aux gouvernements "démocratiques" du monde et, ainsi, de renforcer leurs bases militaires éparpillées sur toute la planète. Quiconque met en question Bush et sa justification de la guerre se trouvera isolé, menacé et terrifié.

L'agenda du programme de la globalisation néolibérale sera modifié. En conséquence, le sommet annuel du FMI ainsi que celui de la BM qui allaient se dérouler à Washington vers la fin septembre ont été suspendus. Toutes sortes de réunions, manifestations et congrès gouvernementaux et multilatéraux sont également suspendus, comme le sera peut-être le prochain round des négociations de l'OMC, programmé pour le mois de novembre au Qatar, territoire musulman proche de la région où les EU déploient leurs troupes. Le gouvernement du Qatar, antidémocratique, autoritaire et monarchique a volé au secours des gouvernements "démocratiques" pour les protéger de la foule qui pourrait protester contre la globalisation et les accords de l'OMC. Paradoxalement, le Qatar est le siège de la chaîne de télévision Al Jazeera qui a envoyé au monde les menaces du gouvernement taliban et d'Osama Ben Laden. Il est curieux que les régimes autoritaires soient utilisés par les gouvernements "démocratiques"; puis, qu'au moment où ils dérangent, on les achève.

C'est l'industrie militaire qui bénéficie le plus de la guerre. Le déploiement et la production d'équipements militaires, tanks, avions, véhicules, hélicoptères, porte-avions, sous-marins, armes, grenades, appareils d'intelligence et tout ce qu'on utilise pour la guerre est en train de prendre de l'ampleur. Les EU ne vendent au Proche-Orient ni médicaments ni denrées alimentaires mais uniquement les armes dont ils ont besoin. Les onze mille millions de dollars que les EU dépensent annuellement pour lutter contre le terrorisme, ont atteint des milliers de millions de dollars. Ainsi, le gouvernement étasusien a montré sa puissance militaire avec les appareils de guerre les plus sophistiqués et les milliers de soldats envoyés vers l'Afghanistan. Les EU déploient toutes les divisions spéciales, par exemple le SEALs, appartenant aux Unités spéciales de l'armée, les Rangers, la Force aérienne Delta, les Opérations psychologiques, les Unités spéciales en armes chimiques, etc.

Avec la guerre les sociétés se militarisent. Les soldats, les policiers et les agents gouvernementaux envahissent les rues et les aéroports. Des millions de dollars sont utilisés actuellement pour la sécurité. Nous ne sommes pas loin de voir des dictatures militaires ou l'imposition de nouveaux gouvernements contre les intérêts civils et démocratiques. Telle est d'ailleurs l'intention étasunienne d'imposer à l'Afghanistan une monarchie qui a été répudiée auparavant mais qui maintenant est utile pour éradiquer les Talibans. Les EU ont dû chercher le consensus de leurs citoyens et de la communauté internationale. Ils ont gelé les comptes bancaires de ceux qui sont suspectés d'être terroristes, ceci a provoqué la fuite de capitaux aggravant la crise économique. En outre, il y a eu la détention de plusieurs terroristes en différents pays et également aux EU, qui doivent également faire face à leurs propres groupes radicaux et terroristes, comme lors de l'attentat contre le bâtiment gouvernemental d'Oklahoma, commis par un ex-militaire nord-américain.

Le gouvernement de Bush a été contraint de chercher des alliés car il ne peut pas mener une guerre sans eux. Il a persuadé les gouvernements voisins de l'Afghanistan, parmi lesquels le Pakistan, la Russie, la Chine, l'Arabie Saoudite, de soutenir sa stratégie. De plus, il a dû trouver les appuis logistiques, militaires et d'intelligence pour  traverser les espaces aériens ou maritimes nationaux. Toutefois, plusieurs de ces alliances peuvent se défaire à n'importe quel moment pour d'autres intérêts ou parce qu'il est possible qu'émergent de nouveaux conflits dans cette région. Les EU ont réussi à convaincre l'OTAN que les preuves présentées convergent vers une seule personne: Osama Ben Laden réfugié en Afghanistan. Pour la première fois dans l'histoire de l'OTAN, créée en 1949, on a appliqué l'article 51 qui stipule que lors d'une attaque contre l'un de 18 pays membres, cette action est une agression contre tous: "l'union d'efforts pour la défense collective".

Maintenant, les forces militaires des grandes puissances du monde sont à la recherche d'une seule personne. De plus, les EU ont eu l'appui de l'Union européenne, c'est-à-dire de quinze autres pays. Toujours les mêmes mais différents.

Dans ce contexte et après plusieurs années de différents conflits, les EU ont été obligés de payer leurs dettes, des millions de dollars, à l'ONU. Ils ont été le plus grand pays débiteur, toujours les plus réticents à payer, mais contrariés chaque fois l'ONU ne jouait pas leur jeu pour la défense de leurs intérêts. Quelques jours après l'attentat, l'ONU et le Conseil de sécurité, dont les EU font partie, ont accordé leur soutien au gouvernement étasusien et ont adhéré à la guerre. Dès ce moment, beaucoup de monde a été entraîné dans le conflit, car plus de 180 pays sont membres de cet organisme international. Quelques jours plus tard, l'ONU, par son leader depuis 1997, Koffi Annan, a reçu comme cadeau le Prix Nobel de la Paix 2001: des milliers de dollars. Aussi absurde que la guerre elle-même.

D'autre part, l'Organisation des Etats du continent américain (OEA) s'est inclinée face aux intérêts étasuniens par la voix des gouvernements "démocratiques", des trente-trois chefs d'Etat qui composent l'Amérique latine et les Caraïbes, hormis Cuba qui a condamné l'attentat mais relevé le terrorisme et le cynisme des EU. Donc, la majorité des gouvernements du monde et leurs principales structures mondiales, hémisphériques ou régionales ont soutenu la guerre en termes économiques, politiques ou militaires. Par conséquent, si tout ceci ne peut être appelé une guerre mondiale alors qu'est-ce que c'est ?

Le terrorisme n'est pas né en Afghanistan, il est plutôt le résultat de la longue histoire du terrorisme d'Etat qu'ont pratiqué les Etats-Unis partout dans le monde. Ce pays a espionné, envahi, volé et imposé des dictatures militaires. L'Afghanistan et d'autres pays poursuivent, malheureusement, les mêmes projets. Les EU ont réalisé des affaires avec des terroristes, des narcotrafiquants et des gouvernements militaires. Ces derniers, lorsqu'ils ne sont plus utiles, sont éjectés. D'ailleurs, le fondamentalisme n'est pas né en Afghanistan, il est plutôt né sur le territoire étasunien au début du XXème siècle lorsque le mouvement religieux extrémiste des chrétiens conservateurs a utilisé ce concept avant la Première Guerre mondiale. D'après Carlos Montemayor, le concept a été extrapolé au discours politique afin de disqualifier totalement l'ennemi, l'autre. A l'heure actuelle, le fondamentalisme s'identifie avec la position spirituelle ou idéologique qui ne réduit la vie qu'à quelques fondements idéologiques figés et sans admettre aucun questionnement.

Le gouvernement étasusien et le fondamentalisme islamique génèrent déjà une guerre mondiale de basse intensité. La panique s'est répandue dans la société et se résume à l'avertissement d'Osama Ben Laden: "Je jure au nom de Dieu que les EU ne vivront plus en paix avant que la paix ne règne en Palestine et avant que toute l'armée d'infidèles n'aient quitté  la terre de Mahomet." Il y a des menaces de mort, en particulier contre tout citoyen étasunien dans le monde. Une grande partie de la population étasunienne traverse une crise de santé mentale dont les symptômes consistent en psychose, peur, dépression, angoisse, insécurité, tristesse, désolation et insomnie. Face à cette situation, des experts, psychologues et psychiatres mexicains, sont partis à New-York pour aider les personnes souffrantes. En revanche, ces mêmes professionnels n'ont rien fait pour secourir les milliers d'indigènes de Chenalho au Chiapas quand ils ont subi les actes terroristes des paramilitaires. Ces derniers ont assassiné brutalement et impunément des femmes, des enfants et des vieillards. Actuellement, les indigènes vivent dans une peur et une angoisse qui les empêchent de retrouver une vie normale. Les femmes et les enfants ont des maladies psychosomatiques telles des maux de tête et des insomnies, car ils ont été témoins des tueries atroces des paramilitaires.

Aujourd'hui, le peuple étasusien partage les mêmes effets des actes de violence et du terrorisme que nous devons éradiquer dans tous les coins du monde.

La guerre a déjà créé une situation d'alerte mondiale. En quelques jours, elle a enlevé la vie à des civils, plus de deux millions de personnes ont été déplacées, des milliers d'autres meurent de famine. C'est une catastrophe mondiale et humanitaire comme l'ont nommée les organismes multilatéraux et d'aide humanitaire. Plus de sept millions d'Afghans, en majorité des femmes et des enfants, dépendent de l'aide humanitaire. Cinquante pour cent d'entre eux décèdent avant l'âge de 5 ans. Tous et toutes peuvent mourir de faim pendant l'hiver qui commence en novembre. Toutefois, la guerre se polarise et se répand partout. On compte mille trois cents millions de fidèles à l'islam appartenant à cinquante-sept pays qui soutiennent cette guerre absurde et qui sont suspectés de terrorisme. Le mot islam signifie en arabe "soumission ou obéissance" sa racine est la même que celle du mot "paix". Le Conseil des Relations américano-islamiques a rapporté quatre assassinats, soixante attaques contre des mosquées et plus de six cents incidents, qu'on appelle "délits de haine" contre des Arabes ou des musulmans sur le territoire étasusien.

Il y a dans ce pays (EU) mille six cent vingt-cinq associations musulmanes; cette population représente 20% de la population mondiale dont six millions habitent aux EU et utilisent les services de la Banque musulmane. Si le 0.5% des musulmans seulement participait à la "Guerre Sainte", il y aurait 6 millions de fondamentalistes éparpillés et prêts à attaquer les intérêts étasuniens dans le monde. Des manifestations réunissant des milliers de musulmans en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Egypte, en Indonésie, en Arabie Saudite, en Malaisie, etc., ont eu lieu. D'ailleurs, les représentants des pays islamiques réunis au sein de l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) ont récemment condamné les attaques étasuniennes.

Pendant que Bush nomme son opération "liberté durable", Osama Ben Laden appelle à la "guerre sainte" contre les EU. Cette guerre n'a rien de "saint" ni de "libre", mais est  certainement  une "guerre durable" avec des conséquences mondiales profondes. Cette "guerre durable" limite la souveraineté des nations et brise les garanties individuelles et civiles. Les 420 aéroports des EU se trouvent en alerte maximale avec 5 mille soldats de la Garde nationale; l'OTAN a envoyé 5 avions pour patrouiller dans le ciel étasunien. Maintenant tout est patrouillé, le ciel, la mer et la terre. Les gares des trains et des bus, les métros et les espaces publiques sont sous surveillance. Les militaires et les policiers sont sortis dans les rues et dans la vie publique. Ce schéma se répète partout. La surveillance a augmenté dans les installations et les ressources stratégiques, au détriment des ressources destinées aux projets sociaux.

Selon le gouvernement britannique la guerre se prolongera jusqu'à l'été 2002. C'est donc une " guerre durable". Au mois de novembre, l'hiver commence en Afghanistan et la température va passer de plus 40 à moins 20 degrés. Les morts sont inévitables. Cependant, il y a d'autres questions à l'heure actuelle qu'il faudrait aborder. L'ambassadeur étasunien auprès de l'ONU, John Negroponte, annonce que son pays attaquera tout ceux qui abritent le terrorisme. Dans cette liste apparaissent, entre autres, l'Iran, l'Irak, la Libye et le Soudan. Incontestablement, ni la "guerre sainte" ni la "liberté durable" ne sont des alternatives positives. Les deux utilisent la guerre psychologique. Ben Laden a annoncé que les Etasuniens "ne vivront plus en paix tant que les musulmans ne vivront pas non plus en paix". Les restrictions des libertés civiles sont évidentes dans le mondeentier : espionnage, contrôle migratoire, rétention de personnes suspectes, censures de l'information et de la mobilité sociale. Partout, on réactive l'espionnage interne et les EU vont jusqu'à légaliser l'espionnage dans les réseaux d'Internet et le courrier électronique.

Le monde est plein de fanatismes. Du fondamentalisme musulman au fondamentalisme néolibéral qui veulent à tout prix imposer leur vision de la vie, une vision des plus antidémocratique. Si un pays n'est pas en accord, il subira un coup d'Etat et l'instauration d'une dictature militaire ou des blocus économiques, des invasions, des accusations et l'exclusion avec la mort. De même, le mouvement qui voudra choisir une autre voie et qui se mobilise pacifiquement récoltera la répression, la prison, les accusations de "terroristes globalophobiques". Les deux types de fondamentalismes cherchent une justification au-delà d'une dimension temporelle, les uns parce que "Allah le veut ainsi" et les autres parce que "Dieu est avec nous" (le gouvernement étasunien).

Aucun des deux n'a montré à travers son histoire comment résoudre les problèmes qui affligent l'humanité, car ils en sont la cause: morts, déplacés, violation des droits humains, famine et misères. Les deux fondamentalismes sont répressifs et injustes, envahisseurs, colonialistes et terroristes. Le terrorisme de la globalisation néolibérale est aussi projet de domination et de subordination aux entreprises transnationales qui appartiennent aux sept pays les plus puissants de la terre, représentés par le G-7. Au nom d'Allah, l'Islam a avancé en l'Europe. Au nom de la liberté et de la démocratie, les EU avec les gouvernements des Caraïbes, de l'Amérique latine, de l'Afrique et de l'Asie, ont dévasté ces régions en prônant leurs valeurs politiques, économiques et culturelles.

Ann Coulter, journaliste du National Review a affirmé, il y a quelques décennies: "Nous devrions envahir les pays, tuer leurs leaders et les convertir au christianisme. Il ne faut pas nous limiter à repérer et à punir Hitler et ses officiers. Bombarder les villes allemandes. Tout ça, c'est la guerre. Et ceci, c'est une guerre." (Cité chez Vertigo No.28)

Le monde n'est ni blanc ni noir. Ni Bush ni Ben. Il y a d'autres mondes, d'autres civilisations, telles l'hindoue, la japonaise, l'africaine, la latino-américaine. Le défi du monde est de pouvoir cohabiter dans le respect des différences économiques, politiques et culturelles, y compris les diverses identités de ce monde complexe et merveilleux des Nations. Aujourd'hui, plus que jamais la société ne doit ni succomber à la peur ni garder le silence. Elle doit sortir dans la rue et dénoncer la guerre, les massacres et toute manifestation de terrorisme et de fondamentalisme. Elle doit être contre la guerre et dévoiler le piège de ses discours. La Société civile mondiale doit être la nouvelle prophétesse qui annonce les conséquences de la continuation de cette guerre; elle doit proposer une meilleure vie pour toutes et tous, parce qu'un autre monde est possible.

Gustavo E. Castro Soto
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Translated by Miguel-Angel Miron et Erica Hennequin for CIEPAC, A. C.


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