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LE ROMAN NOIR DES EAUX NOIRES (Première Partie)
La Compagnie Coca-Cola et certains de ses dirigeants sont accusés depuis fort longtemps de s'être impliqués dans des affaires d'évasion fiscale, de fraudes, d'assassinats, de tortures, de menaces et de chantages à l'encontre de travailleurs, de syndicalistes, de gouvernements et d'entreprises. On les a également accusés de s'allier même avec des armées et des groupes paramilitaires d'Amérique du Sud. Amnesty International et d'autres organisations de défense des droits de l'Homme au niveau mondial ont suivi ces affaires de près. Depuis plus d'un siècle, la Compagnie Coca-Cola influe sur la réalité des paysans et des indigènes, soit en leur achetant du sucre de canne, soit en cessant de leur en acheter pour le remplacer par du high fructose provenant du maïs transgénique des États-Unis. Oui, les boissons de la marque Coca-Cola sont transgéniques, comme les produits de toute industrie qui utilise du high fructose. Avez-vous lu les ingrédients spécifiés sur les emballages des produits industriels? La firme Coca-Cola a également influé sur la vie des producteurs de coca; elle est responsable du manque d'eau en divers endroits ou des changements intervenus dans les politiques publiques pour privatiser le liquide vital ou s'approprier les nappes phréatiques. Elle influe sur l'économie de nombreux pays; sur l'industrie du verre et du plastique, sur d'autres composants de sa formule. Outre l'économie et la politique, elle a contribué à bouleverser les cultures, de Chamula au Chiapas jusqu'au Japon ou en Chine en passant par la Russie. Coca-Cola est la boisson la plus connue dans le monde, le produit le plus largement distribué sur la planète et on peut se le procurer aujourd'hui dans 232 pays, beaucoup plus que le nombre des nations qui composent l'Organisation des Nations unies (ONU). Ses bénéfices peuvent dépasser le budget de plusieurs pays pauvres. L'entreprise pratique la pression, l'extorsion et le chantage sur les petits commerçants par le biais de contrats d'exclusivité. Elle menace la dame de la petite boutique du coin qui souhaite vendre d'autres rafraîchissements en plus du Coca-Cola. Elle consomme de grandes quantités d'eau de source et s'enrichit aux dépens des terres villageoises, communautaires, municipales, fédérales, aux dépens des paysans et des indigènes. Au Chiapas elle cherche sans relâche les nappes d'eau de l'État, elle fait cadeau d'écoles et de terrains de basket pour être en bons termes avec ses habitants. Pourtant, on boit beaucoup de Coca-Cola, depuis les indigènes et les zapatistes jusqu'au plus "gauchiste" du monde, pendant que d'autres secteurs de la population mondiale, des milliers et des milliers, entretiennent une résistance et des campagnes de boycott contre les produits Coca-Cola. Dans plusieurs communautés indigènes du Chiapas, dont certaines sont également zapatistes, la zone a été déclarée zone sans Coca-cola, ou bien l'on a décrété de ne pas consommer ses produits. Mais un problème se pose: quelle alternative reste-t-il à beaucoup de régions rurales qui ne disposent pas d'eau purifiée ou de canalisations? Nous nous occuperons plus tard de la problématique locale et de ses alternatives, voyons d'abord quelle a été l'histoire de cette entreprise transnationale tant controversée dont les produits sont pourtant les plus consommés au monde. ANTÉCÉDENTS DE LA COCA C'est principalement dans la Cordillère des Andes, en Amérique du Sud, qu'on a cultivé la plante Erythroxylon coca dont on extrait actuellement la cocaïne aux effets psychotropes. Pendant plus de mille ans, la feuille de coca a été utilisée par la population indigène de la région, bien que, comparativement à la substance pure de la cocaïne, la feuille de coca mastiquée par les indigènes ne produise qu'un pour cent des mêmes effets. Pour les Incas du Pérou, les feuilles de la plante avaient une portée rituelle et religieuse élevée. Elles leur permettaient également de supporter des efforts physiques épuisants. Vingt ans avant l'invention du Coca-Cola, vers 1860 en Allemagne, un chimiste Albert Niemman est parvenu à extraire la cocaïne pure de la feuille de coca péruvienne. Il démontra alors que les effets produits par la feuille provenaient de la cocaïne. Celui qui par la suite allait devenir psychiatre, Sigmund Freud, né en Autriche, avait à peine quatre ans. Plus tard, désormais chercheur en médecine, Freud entreprit d'analyser les effets que produisait la cocaïne. Ensuite, on usa beaucoup de la cocaïne en prescription médicale pour réduire l'anxiété, la dépression et la dépendance à la morphine. Un médecin ami de Freud, Ernst Fleisch, commença à prendre de la cocaïne pour soulager la douleur provoquée par l'amputation d'un de ses pouces. Peu à peu, à mesure qu'il en prenait des doses de plus en plus élevées, sa dépendance à l'égard de la cocaïne s'accrut. Ce fut l'un des premiers cas de psychose causée par la cocaïne. Plus tard, en 1905, on découvrit la procaïne, un anesthésique local semblable à la cocaïne. Les effets médicaux de la feuille de coca provoquèrent une augmentation considérable de la demande dans les contextes de la guerre et de la dépression sociale. Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, c'est l'Europe, en raison de sa relation coloniale avec l'Amérique du Sud, qui en consomma le plus, puis ce furent de plus en plus les États-Unis. Treize ans avant l'invention du Coca-Cola, en 1863, le chimiste et entrepreneur Angelo Mariani inventa le "vin Mariani". Il breveta immédiatement sa formule qui consistait en extrait de feuille de coca dilué dans du vin. Cette boisson devint vite la plus populaire d'Europe, car elle soignait la douleur, la dispepsie et d'autres affections courantes. Quelques années plus tard, en 1876, un quaker de Philadelphie, John Pemberton, lança sur le marché son Hires Root Beer, mélange de baies et de racines sylvestres. Pendant ce temps, en Amérique Latine et aux Caraïbes, le sang coulait à flots, les peuples, dans leurs luttes pour l'indépendance, étaient aux prises avec la colonisation européenne. L'ORIGINE DU COCA-COLA C'est dans le courant de l'année 1831 que Pemberton naquit à Knoxville, dans l'état de Géorgie aux États-Unis. A 17 ans, il étudiait déjà à l'École de Médecine Botanique du même état. Plus tard, il vendit plusieurs produits médicinaux brevetés, parmi lesquels le "Grand Fortifiant du Dr. Sandorf" ou l'"Huile Eureka". En tant qu'inventeur, entrepreneur, chimiste et pharmacien, Pemberton avait directement accès au monde des drogues, comme la cocaïne importée du Pérou, la morphine et la marihuana. Certaines biographies le décrivent sous les traits d'un colonel de l'armée du sud des États-Unis "accro invétéré" à la morphine. En 1880, Pemberton breveta officiellement un vin de coca très stimulant inspiré de l'invention d'Angelo Mariani. Puis il fonda la Pemberton Chemical Company. Au début, ses boissons contenaient un jus alcoolisé qu'il décrivait comme un "vin français de coca, tonique idéal". En 1886 dans la ville d'Atlanta, l'alcool connaissait son apogée, et de tous côtés on voyait les poivrots tomber. L'industrialisation du pays et les vertigineuses transformations de l'économie et des modes de vie entraînèrent de nombreux troubles sociaux. On inventa quantité de remèdes pour soulager les symptômes de la modernité nord-américaine. Le professeur eut alors l'idée d'élaborer à partir de l'extrait de coca une boisson sans d'alcool et qui de plus serait médicinale. A cet effet, il faudrait l'importer du Pérou. Il avait 54 ans à l'époque où il inventa son fameux sirop. Selon certains biographes, c'est pour l'avoir mélangé par accident avec de l'eau carbonatée qu'il créa alors cette mixture effervescente. La boisson commença à se vendre avec succès dans la ville d'Atlanta, et l'on en fit alors la promotion au titre d'"un tonique efficace du cerveau et des nerfs". La même année, la pharmacie Jacobs d'Atlanta mit en vente le premier verre de Coca-Cola, préparation à base de feuille de coca, de noix de cola, de caféine, d'essences et d'huiles diverses. La première publicité sortie des rotatives de l'Atlanta Journal, le 27 mai 1886 vantait la boisson comme "délicieuse, rafraîchissante, stimulante et tonifiante". C'est pourtant Frank Robinson qui inventa le logo et le nom de "Coca-Cola" en combinant le nom de ses ingrédients, et la présenta ainsi en 1887, l'année où il fit les démarches pour obtenir le brevet sur les ingrédients de la boisson. Mais il ne breveta jamais la marque. Au début, et de par ses caractéristiques médicinales, Coca-Cola s'est vendu d'abord dans les bars qui ne servaient pas de boissons alcoolisées, et qui, la plupart du temps, appartenaient aux officines et aux pharmacies de l'époque. Le produit est décrit comme un rafraîchissement de bar et un remède contre la phtisie. Mais John Pemberton ne profita pas longtemps de son invention, vu qu'il mourut le 16 août 1888 à l'âge de 57 ans. Les journaux l'appelèrent "le plus ancien pharmacien d'Atlanta et l'un de ses citoyens les plus reconnaissants". Peu avant sa mort il vendit sa formule à M. Asa Candler, lequel deviendra rapidement, non seulement l'homme le plus riche d'Atlanta et des États-Unis, mais l'un des plus riches du monde. LE SECOND PATRON, L' HOMME LE PLUS RICHE Il paraît qu'il paya l'entreprise 2.300 dollars US, mais la façon dont il acquit les droits de Coca-Cola reste assez obscure. L'avocat Price Albert qui travailla pour le compte d'Ava Candler se confia à un ami: "Si je te racontais ce que je sais des débuts de Coca-Cola, mon récit serait très compromettant". Quoi qu'il en soit, dès 1889, Ava candler était le seul propriétaire de l'entreprise Coca-Cola. Il était terriblement ambitieux. Il refusa même à Cliff Pemberton, la veuve de l'inventeur du Coca-Cola, une pension mensuelle de 50 dollars US, alors que cette année-là il notait que "La demande en produits a dépassé notre capacité d'offre (...) Les ventes atteignent la moyenne journalière de 7580 litres dont Atlanta fournit environ 3790." A l'époque, il avait déjà investi 22.500 dollars US en ingrédients et ses bénéfices étaient encore plus considérables. A la fin de la même année, il définissait ainsi la situation de sa Compagnie: "Peu d'organisations pourront faire état d'une situation financière plus satisfaisante", déclarait-il, indiquant que les ventes avaient dépassé les 1.061.200 litres de sirop par an. "Ce qui veut dire que nous avons vendu 36 millions d'unités de Coca-Cola. Nous disposons de 200 mille dollars US en espèces et nous possédons des biens immobiliers pour une valeur de 50 mille dollars US. Tout cela bien que nous ayons investi 48 mille dollars US en publicité, 38 mille en ristournes et 11 mille en impôts obligatoires suite à la guerre. Nous espérons récupérer ces taxes injustifiées et nous intenterons une action en justice pour y parvenir". En 1891, la publicité était plus agressive. Les "Coca-Cola Girls" firent leur apparition sur les calendriers et les affiches publicitaires, phénomène qui devait se prolonger pendant des décennies. Les femmes attirantes et demi-nues devaient aider à accroître la vente de la boisson rafraîchissante parmi la population masculine, surtout en temps de guerre. En 1892, Candler vit qu'il était à la tête d'une mine d'or et décida de déposer sa marque. Mais quand il arriva aux bureaux des brevets, une mauvaise surprise l'attendait: quelqu'un avait déjà déposé le nom de "Coca-Cola" neuf ans auparavant ; c'était Benjamin A. Kent du New Jersey. Sa boisson était à base de feuilles de coca et de cola, c'était un tonique "reconstituant" qui contenait pas mal de caféine, de cocaïne et de whisky connu comme l'"esprit des céréales". Candler se lança alors dans un procès féroce contre Kent et le gagna. C'est en 1893 même qu'il enregistre le nom de Coca-Cola et les bénéfices de l'entreprise entament alors un incroyable décollage. Pour Asa Candler, l'attrait de la boisson venait pour partie de ce qu'elle était supposée alléger la digestion, et aussi de sa publicité: "délicieuse, rafraîchissante, sensationnelle", "tonique cérébral idéal", "rend joyeux le mélancolique et fort le plus faible". Quand la consommation augmenta dans la population infantile, sa publicité se servit des enfants avec la légende: "Nous, nous buvons du Coca-Cola". La formule secrète du Coca-Cola est identifiée par le code 7x que l'on garde encore jalousement dans les caves d'Atlanta. La consommation de Coca-Cola était telle qu'on parlait désormais de la dépendance au Coca-Cola une fois éliminée celle à l'égard de l'alcool. Un de ses collaborateurs lui suggéra: "Ne pourrions-nous pas tout simplement éliminer la cocaïne? Est-elle vraiment si importante?" A quoi Candler répondit: "Alors, comme ça, vous proposeriez de changer la formule de la boisson la plus populaire à cause des rumeurs propagées par quelques femmes hystériques? Jamais! Il n'y a rien de mauvais dans le Coca-Cola!" Et son ambition augmenta encore. On utilisa les tramways d'Atlanta comme supports de sa publicité. En 1894, on envoyait par courrier des coupons échangeables contre un Coca-Cola gratuit dans des locaux et des bars qui affichaient la publicité de l'entreprise. Les patrons trouvaient jolie la décoration de leur magasin à l'aide des annonces de Coca-Cola. On dépensa en compensation plus de 7 mille dollars US durant cette année et la suivante, l'équivalent de plus de 140 mille boissons gratuites. Dès lors fut inventé le système que nous connaissons aujourd'hui. Et c'est ainsi que commença à faire fureur la Coca-Cola mania. Selon les dires de Mary Gah Humphreys en 1894, le plus grand mérite de Coca-Cola était son caractère "démocratique": "... un pauvre boit de la bière, un millionnaire du champagne, mais il est sûr que les deux boivent du Coca-Cola." Cette même année, Caleb Bradham eut l'idée d'inventer le Pepsi: c'était un tonique élaboré avec de la pepsine, un enzyme qui facilitait la digestion des protéines. Mais l'affaire ne marcha pas très bien et il essaiera en 1922 de vendre son entreprise à Coca-Cola, alors qu'il ne possédait que deux entreprises de mise en bouteilles aux États-Unis. L'entreprise Coca-Cola commit la grave erreur de ne pas l'acheter: elle est maintenant son plus grand concurrent. Cette histoire nous amène à l'année 1895 où Candler annonçait que le Coca-Cola se vendait sur tout le territoire des États-Unis. Quatre ans plus tard, le produit part pour la première fois à l'étranger et se vend à Cuba. En 1897, il commence à se vendre à Hawaï et au Canada. En 1898, on distribua plus d'un million d'objets et d'articles publicitaires portant le slogan "Buvez Coca-Cola, délicieux et rafraîchissant". Entre 1894 et 1899 Candler ouvrit cinq nouvelles succursales et usines pour fabriquer le sirop à Dallas, Chicago, Los Angeles, Philadelphie, et une boutique à New York. Les villes de Chicago et de Philadelphie ressemblaient au début du XXe siècle à des "villes coca-cola" ou à des succursales de l'empire commercial. On rencontrait partout sa publicité. Mais ce n'est pas seulement la culture, l'appât du gain et la propagande qui jouèrent le rôle-clé dans la transformation de Coca-Cola en empire. C'est aussi la religion, les rites, le sentiment religieux populaire local et universel. Depuis Coca-Cola dans les rites des indiens Chamulas au Chiapas jusqu'à Saint-Nicolas dans le monde entier. Dans cette affaire, il eut un grand allié: son frère Warren Candler, évêque de l'Église méthodiste, qui l'aida à identifier le capitalisme avec la religion et le patriotisme typique de la culture nord-américaine. Depuis Bush et en remontant dans le passé, tous les présidents états-uniens ont réussi à enflammer la passion en unissant le patriotisme à Dieu, à la religion. Le 28 décembre 1899 se sont réunis pour la première fois tous les employés de la compagnie. Un total de 20 personnes. L'évêque présidait les réunions pour endoctriner le personnel de Coca-Cola. Le Coca-Cola était "une boisson envoyée par le ciel!". Comme "un missionnaire qui se rend en terre étrangère pour y enseigner les rudiments de la foi, l'homme de Coca-Cola doit être un individu pratique et entreprenant". En 1904, il écrivit un livre où il affirmait que les États-Unis étaient destinés à diriger le monde en raison de leur religion rénovatrice: "Le catholicisme a fait du Sud de l'Europe et de l'Amérique latine ce qu'ils sont; le protestantisme a obtenu une réussite différente en Angleterre, en Allemagne, en Hollande et en Amérique du Nord. En d'autres termes, Dieu était de notre côté, ou du moins il souria aux Nord-Américains qui faisaient fortune". L'un des arguments favoris de l'évêque Candler était que "les désaccords entre le capital et la main-d'oeuvre ont été les plus fréquents dans les industries qui employaient les travailleurs des peuples non évangélisés d'Europe continentale". Il assurait que les pasteurs étaient essentiels à l'ère industrielle: "Ce qu'ils ont réussi à faire, résoudre l'antagonisme du système social et différer, sinon éviter, le plus grand désordre du travail, peut difficilement s'évaluer à sa juste mesure". Voilà pourquoi les employés de Coca-Cola d'Atlanta n'ont jamais adhéré à un syndicat. Pendant les deux premières décennies, au moins jusqu'en 1910, ses employés ne dépasseront pas le nombre de 30, et ils ne feront jamais partie d'aucun syndicat. Les syndicats ont toujours été aussi l'ennemi juré de la Compagnie Coca-Cola, au point qu'on l'a même accusée de l'assassinat de leaders syndicaux, comme nous le verrons plus loin. Sur les conseils de son frère Warren, Asa versa un million de dollars à l'Université d'Emory, laquelle fut ensuite transférée d'Oxford en Atlanta. Avant sa mort, Candler attribua plus de 8 millions de dollars US à ce centre universitaire. Entre 1900 et 1910, Candler développa son empire. Son ambition et son pouvoir furent démesurés. Il fonda la Compagnie d'investissements Candler et commença à acquérir des biens immobiliers à Atlanta. Il construisit l'Immeuble Candler: 17 étages, six ascenseurs, gargouilles ouvragées, marbre polis, bois d'acajou, bronzes et grands candélabres de cristal. Au rez-de-chaussée se trouvait la banque qu'il avait créée, la Central Bank and Trust Corporation. Sur la pierre angulaire de l'édifice il posa un coffre portant son image et une bouteille de Coca-Cola. Il voulut s'immortaliser. Il imposa son nom et sa présence dans tous les États-Unis, construisant des gratte-ciels à Kansas-City, Baltimore, New York, tous appelés Immeuble Candler. La tour de New York qui donnait sur la 42e rue avait 25 étages. Grâce à ses consortiums ferroviaires il voyageait gratuitement sur toutes les lignes, et il veillait à ce que l'on vende du Coca-Cola dans tous les wagons restaurants. Quand le prix du coton chuta, il construisit un gigantesque entrepôt et il acheta à bas prix l'excédent des producteurs. Quand le marché se porta mieux, il le vendit à un bon prix et augmenta ses bénéfices. Pendant la crise de 1907, il acheta autant de propriétés qu'il put et résista à la crise. La même année, il tint tête à la campagne dirigée par l'Association des Femmes chrétiennes pour l'Abstinence, d'après lesquelles un soldat qui buvait 6 bouteilles de Coca-Cola par jour ingérait la même quantité d'alcool. Cette campagne conduisit l'armée des États-Unis à interdire la consommation de la boisson. Néanmoins l'entreprise tint bon et ses ventes augmentèrent. Candler était considéré comme un grand entrepreneur visionnaire, et même comme un héros. Mais pour les employés et les leaders syndicaux, Candler était un malfaiteur. En 1908, la Commission nationale du Travail des Mineurs se réunit en Atlanta pour protester contre les conditions déplorables dans lesquelles il maintenait ses employés des ateliers du coton : les femmes et les mineurs travaillaient plus de 14 heures par jour à égrener le coton pour 50 cents par jour. Mais Candler était le président de la Chambre de Commerce d'Atlanta. Il y prononça un discours cynique : "Le travail des mineurs, conduit de manière appropriée, dans des conditions et un climat adéquats, peut être un motif de succès pour toute nation (...) Le plus beau spectacle que nous aimons voir, c'est le travail des plus jeunes. En vérité, plus tôt un jeune commence à travailler, plus belle et profitable sera sa vie". Il conclut en affirmant que la mission de la Commission était de veiller à ce que le travail des mineurs leur permette de devenir des adultes honorés, serviables et des travailleurs compétents. En 1904, Coca-Cola vend son premier million de gallons (3785 millions de litres). Pour nous faire une idée, si une personne buvait deux litres d'eau par jour, cette quantité équivaudrait à la consommation quotidienne de 1.892.500.000 personnes; d'un autre point de vue, elle équivaudrait à la consommation quotidienne d'eau d'une personne pendant 5.184.931 ans, si elle pouvait vivre aussi longtemps. En 1910, la Compagnie Coca-Cola déménagea dans un espace plus grand et Asa Candler fit brûler les premiers registres de Coca-Cola. En 1914, Candler ne savait plus que faire des autres producteurs de rafraîchissements qui lui faisaient concurrence. Et il décide de modifier son conditionnement. En 1915, il contacte l'entreprise Root-Glass qui, pour trouver son inspiration, cherche dans l'Encyclopedia Britanica les illustrations des ingrédients composant le rafraîchissement pour dessiner la nouvelle bouteille. Mais ils confondirent les feuilles de coca avec celles du cacao et ils décidèrent d'imiter la forme du grain. Il mirent les bouteilles au four, et il en sortit involontairement celles que nous connaissons aujourd'hui. La compagnie accepte le nouveau dessin en 1916. Cependant l'histoire fut différente pour d'autres biographes qui connaissent l'usage publicitaire que fit Coca-Cola de la figure féminine en tant qu'objet sexuel incorporé au marché. Le nouveau dessin de la bouteille devait satisfaire à une seule condition : qu'elle soit immédiatement reconnaissable, dans l'obscurité, par un aveugle, même cassée. Elle devait s'inspirer du corps d'une femme, la plus célèbre actrice de l'époque, Mae West. Ses courbes seraient celles du Coca-Cola. Ceci fit la réputation de la bouteille sous le nom de "la Grande Dame". Nous arrivons enfin en 1916. Coca-Cola était déjà une légende. Cependant, un troisième épisode commence quand, après 18 ans, Asa Candler quitte sa fonction de président de la Compagnie Coca-Cola. Un an plus tard, en 1917, l'année précédant la fin de la Première Guerre Mondiale, la production et la consommation chutent en raison du rationnement du sucre. C'est alors quErnest Woodruff, président de la Banque des Dépôts de Géorgie, et son syndicat de banquiers qui comprenait les dirigeants de la Banque Nationale Chasse et la Banque de Dépôt et de Cautionnements de New York, entreprennent de mettre sur pied le moyen de s'approprier la Compagnie Coca-Cola, ce qu'on pourrait appeler "le coup de maître de sa carrière" d'entrepreneur s'il réussissait "la plus grande transaction réalisée dans le Sud" des États-Unis. En 1919, la famille de Candler vend la compagnie à la banque. Un an plus tard, la Compagnie Coca-Cola gagne un procès contre la Compagnie KOKE sur la conclusion que Coke était synonyme de Coca-Cola. Ainsi a-t-elle le champ libre pour développer l'entreprise dans les décennies à venir. TU NE VAS PAS LE CROIRE... - Le fils de Candler avait dans sa propriété quatre éléphants répondant aux noms de: Coca, Cola, Rafraîchissante et Délicieuse. - Mise à part l'expression états-unienne "Okey", Coca-Cola est le mot le plus reconnu dans le monde. - Le premier à vendre du Coca-Cola dans son bar fut Willy Venable. Il acheta le droit de fabrication et une copie de la formule originale du Coca-Cola. - En 1888, on avait déjà essayé de l'embouteiller, mais le liquide était instable et se décomposait sous l'action de la lumière. En 1899 fut signé le premier contrat d'embouteillage. - Coca-Cola News fut édité pour la première fois en 1890 avec cette publicité : "un tonique bienfaisant pour l'humanité". - Au début du XXe siècle, on vendait déjà des chewing-gums, des friandises, des cigarettes portant tous le logo de Coca-Cola. - L'Angleterre fut le premier pays à recevoir le premier envoi de sirop de Coca-Cola (4 litres). D'autres disent que c'était l'Allemagne. - En 1901, pour l'"Atlanta Constitution", Coca-Cola était un exemple de la "tentative de mettre le plaisir en bouteille". - La première publicité dans une revue parut en 1904. - En 1906 on construisit les premières usines d'embouteillage en dehors des États-Unis, à Cuba et au Panama. - Vers 1908, Sam Dobbs, gérant des ventes et neveu du président Ava Candler s'opposa à l'utilisation de grandes lettres électriques en raison de leur danger; il n'estimait pas non plus nécessaire de poser des affiches en yiddish dans les quartiers juifs des États-Unis; il ne croyait pas nécessaire de promouvoir la vente à l'étranger. Ou bien, c'est tout le contraire. - En 1914 la Compagnie possédait plus de 2.300.000 m² de murs peints au logo de la marque (l'équivalent de 230 hectares). Le plus ancien fut peint à Casterville, Géorgie, en 1894, et il existe toujours. - En 1923 meurt Frank Robinson, l'inventeur du nom Coca-Cola. - Parmi quelques boissons portant des noms ressemblant à Coca-Cola, on trouve : Afri-Kola, Cafe-Kola, Candy-Cola, Carbo-Cola, Celery-Cola, CocaBeta, Coke-Ola, Cola-Coke, Cold-Cola, Four-Cola, Cherry-Cola, Hayo-Cola, Jacob's-Cola, King-Cola, Koka-Nola, Koke, Kola-Kola, Loco-Kola, Mexicola, Nerv-Ola, Nifti-Cola, PauPau-Cola, Penn-Cola, Pepsi-Cola, Prince-Cola, QuaKola, Rococola, Roxa-Cola, Sherry-Cola, Silver-Cola, Sola Cola, Star-Cola, Taka-Cola, Toka-Tona, True-Cola, Vani-Cola, Vine-Cola, Wine-Cola, Big Cola, et beaucoup d'autres. - Parmi les phrases publicitaires utilisées par Coca-Cola, on trouve: "L'Étincelle de la Vie"; "La boisson la plus rafraîchissante du monde"; La pause qui rafraîchit, Coca-Cola... si bonne"; Coca-Cola rafraîchit mieux"; "Le meilleur choix"; "Toujours Coca-Cola"; "Coca-Cola, c'est ça..."; "Tout va mieux avec Coca-Cola"; "Buvez Coca-Cola"; "Coca-Cola... sensation de vivre"; "Délicieuse et rafraîchissante"; "Bonne jusqu'à la dernière gorgée"; "Un Coca-Cola et un sourire"; "Vis la sensation"; "Signe de bon goût"; "Coca-Cola aide à vivre"; "L'étincelle de la vie"; "Bonne jusqu'à la dernière goutte"; "Coca-Cola... Vis-le", etc. - La formule originale et secrète 7X du Coca-Cola, sûrement tirée des livres de formules de son inventeur, John S. Pemberton, contient les ingrédients basiques suivants pour chaque gallon (4,546 litres pour la mesure anglaise): sucre: 2400 g dans une quantité d'eau suffisante pour le dissoudre; caramel: 37 g; caféine: 3,1 g; acide phosphorique: 11 g; feuilles de coca décocaïnisées: 1,1 g; noix de cola: 0,37 g. Le mode d'emploi était: imbiber les feuilles de coca et les noix de cola de 22 g d'alcool à 20 %, puis filtrer et ajouter le liquide au sirop. Ajouter ensuite: jus de lime: 30 g; glycérine: 19 g; extrait de vanille: 1,5 g; essence d'orange: 0,47 g; essence de citron: 0,88 g; essence de noix de muscade: 0,07 g; essence de casi (cannelle de Chine): 0,20 g; essence de coriandre: un soupçon; essence de neroli: un soupçon; essence de lime: 0,27 g. Pour sa fabrication: mélanger dans 4,9 g d'alcool à 95 %, ajouter 2,7 g d'eau, laisser reposer 24 heures à 60 degrés Fahrenheit pour que se décantent les matières en suspension. Ensuite, on recueille la partie clarifiée du liquide et on l'ajoute au sirop. Ajouter suffisamment d'eau pour préparer un gallon de sirop. On mélange une once de sirop à de l'eau carbonatée pour préparer 6,5 onces de boisson. - Selon quelques sources, deux personnes seulement, en théorie, connaissent exactement la formule et la manière correcte de mélanger tous ses ingrédients. Elles ne voyagent jamais ensemble, ne se trouvent jamais aux mêmes endroits, ne mangent pas les mêmes plats, ne dorment pas dans le même hôtel et, malgré la mystique et la paranoïa construites autour de la célèbre formule, il n'est pas du tout important que l'on connaisse ou non la totalité des ingrédients. Sources: Luis Capilla, Las Multinacionales, Voraces Pulpos Planetarios; Coca-Cola Company; Joan Bonet; Tanga Word; CokeWatch; Polaris Institute; Mark Pendergrast, Dios, Patria y Coca-Cola; Alison Gregor, Coca-Cola: La religión global, Coca Cola, una historia empresarial de terror y crimen, Sinaltrainal/Rebelión, 3 de septiembre del 2002; Grupo de Apoyo Suiza, Colombia Nunca Más; SINALTRAINAL; Boletín Informativo Comercio y Desarrollo, No.10, Abril 2002, Guatemala.
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