FORUM SUR LES AUTONOMIES
Communiqué de Presse
Bulletin n°01
San Cristobal de las Casas, Chiapas, 14 août 2003
Dans le but de favoriser un espace de rencontre et d’échange sur les processus de construction de l’autonomie, où seront identifiés les avancées, les problèmes et les propositions, nous, les organisations membres du Réseau pour la Paix* (Red por la Paz), avons convoqué au FORUM DES AUTONOMIES qui se déroulera à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 16 août 2003, dans les locaux occupés par CIDECI au Centre « Don Bosco », quartier de Maria Auxiliadora, San Cristóbal de Las Casas. Le forum a débuté avec la participation de 186 personnes, membres de 74 organisations du Mexique, ayant une expérience de résistance et d’autonomie dans des communautés et des Municipes Autonomes de Guerrero, Oaxaca, Estado de Mexico et Chiapas. Etaient présentes en outre 6 organisations d’observateurs et de solidarité internationale provenant de l’Italie, la Suisse, la France, les Etats Unis, le Japon et l’Espagne.
Pendant le forum, les intervenants ont décrit leur expérience, apportant la preuve que l’autonomie indigène est en train de se développer depuis un certain nombre d’années. Mais plus récemment, avec la non-application des Accords de San Andrés et l’absence de Reconnaissance des Droits Indigènes, nous avons constaté que l’Autonomie est une réalité au Mexique, qu’elle chemine et se développe en accord avec les us et coutumes et les traditions des communautés indigènes. Les gens ont décidé d’avancer indépendamment du gouvernement et des partis politiques, et ont commencé à se gouverner de façon autonome ; la prise de décisions et les nominations d’autorités se font au cours d’assemblées communautaires, les travaux de bien social se font au moyen de travaux collectifs gratuits, ce qui dans certains endroits est appelé « tequio ». Ces groupes cherchent à vivre en commun de manière pacifique et nomment des Conseils des Anciens, autorités traditionnelles et représentants civils, qui rendent compte à leurs communautés afin que le principe de « gouverner en obéissant » (« mandar obedieciendo ») se réalise et se fasse réalité. On travaille pour lutter contre l’insécurité, pour mettre en place des structures d’éducation, de soins, des projets de production et de développement, la commercialisation des produits à des prix plus équitables. Les peuples indigènes luttent pour la défense de leur terre, leur territoire et leur ressources naturelles, afin que ceux-ci ne soient pas vendus et privatisés. Les gens luttent pour récupérer les espaces perdus, pour le respect des femmes, etc., droits que leur a niés le gouvernement fédéral. Le développement de l’autonomie a connu des obstacles puisqu’il a dû s’affronter aux pouvoirs locaux, aux caciques, policiers et militaires, ainsi qu’aux gouvernements fédéral et régional (de chaque Etat), lesquels, dans leur désir de ne pas laisser les gens se gouverner seuls, ont exercé de diverses formes de répression sur eux.
Les expériences racontées démontrent que la construction de l’autonomie a suivi des chemins et des voies différentes, en fonction des réalités spécifiques des communautés. Néanmoins, toutes les expériences ont une même origine : la marginalisation, la pauvreté, l’injustice, le mépris des gouvernements municipal, régional et fédéral pour les peuples indigènes, la corruption, le manque de démocratie, la non-reconnaissance de ce qui est différent et la non-reconnaissance de la culture indigène, du droit de décision, du droit de se gouverner etc.
Ces expériences ont en commun aussi le fait qu’elles soient parties du niveau local vers le niveau régional ; les expériences d’autonomie prennent forme dans les communautés et ensuite s’étendent à d’autres communautés qui tissent entre elles des structures d’organisation afin de fortifier le processus d’autonomie. L’autonomie locale n’est pas suffisante, il faut s’étendre afin de changer une réalité opposée à un véritable développement des peuples indigènes.
Ce processus d’autonomie se construit grâce à des hommes et aussi à des femmes : on ouvre la porte aux femmes qui participent tant au niveau du travail qu’au niveau de la prise de décisions : « si la femme participe et avance, l’homme ne reculera pas ».
Devant cette situation, les communautés exigent du gouvernement et des différentes autorités : le départ des l’armée des communautés indigènes, le respect des us et coutumes, le droit de se gouverner, le respect de la terre, du territoire et de ses ressources naturelles, le respect des cultures et de la libre expression de celles-ci, le respect de la police communautaire en Guerrero, l’application des Accords de San Andrés, etc.
Les peuples indigènes ont manifesté leur décision de continuer la lutte pour l’autonomie et la libre détermination, jusqu’à la construction d’un monde plus juste, libre et démocratique où règne l’égalité entre les hommes et les femmes de Mexico, pays où les indigènes occupent une place digne, tant dans la Constitution que dans l’histoire.
Les intervenants concluent que des expériences comme celles de San Salvador Atenco et de las communautés de Oaxaca et de Guerrero, ainsi que la plus récente exprimée par l’EZLN à Oventic, Chiapas, les encouragent à continuer le chemin vers l’Autonomie des Peuples.
Commission d’Information et de Presse du Réseau pour
la Paix :
Rosy Santiago, Onésimo Hidalgo Dominguez et Antonio
Meméndez.
* Le Réseau pour
la Paix (Red por la Paz) est composé des groupes suivants :
DESMI-A.C. (Développement Economique
et Social pour les Mexicains Indigènes) ;
CIEPAC-A.C. (Centre de Recherches
Economiques et Politiques d’Action Communautaire) ;
Enlace, Communication y Desarrollo
A.C. ;
SERAPAZ- A.C. (Services et Conseil
pour la Paix) ;
Allianza Civica, Chiapas ;
Caritas San Cristobal ;
EDUPAZ-A.C. (Education pour la
Paix) ;
Comité des Droits Humains « Fray
Lorenzo de la Nada » A.C. ;
Centre des Droits Humains « Fray
Bartolomé de Las Casas »A.C. ;
SIPAZ (Service International
pour la Paix) ;
CEPAZ-A.C. (Collectif Education
pour la Paix) ;
CORECO-A.C (Commission de Soutien
à l’Unité et à la Réconciliation Communautaire)
FORUM SUR LES AUTONOMIES
Communiqué de Presse
Bulletin n°02
San Cristobal de las Casas, Chiapas, 15 août 2003
Dans un cadre de convergence de diverses cultures, le forum des autonomies se poursuit aujourd’hui, en reprenant le slogan « somos un chingo » (« on est un sacré paquet ») comme on dit souvent pour exprimer le fait que nous sommes nombreux à réclamer un monde meilleur pour nous tous qui, depuis 500 ans, vivons dans un monde soumis, différent du nôtre et qui nous maintient dans l’oubli, qui ne nous reconnaît pas. Mais maintenant, disent les représentants des peuples indigènes réunis dans ce forum, nous renaissons avec une bonne nouvelle : l’AUTONOMIE QUE LE PEUPLE EST EN TRAIN DE CONSTRUIRE.
Pendant l’intervention d’un « panel pédagogique » qui a résumé les apports, les défis et la place de l’autonomie dans le contexte national et international, on a postulé que l’autonomie est un projet à long terme et un modèle alternatif au modèle néo-libéral ; sa construction et implémentation sont fondamentales dans la gestation d’une société nouvelle, plus juste et plus digne. L’autonomie est un processus permanent pour que les droits des personnes et des peuples devienne réalité ; on recherche le respect de la différence, de la diversité, de la pluralité. Pour y arriver, les chemins sont variés : les uns avancent en marge des gouvernements fédéral et de chaque Etat, par exemple l’expérience zapatiste ; d’autres disputent directement le pouvoir à l’Etat, par exemple l’expérience de Police Communautaire, la résistance au Altos Balsas, dans le Guerrero ; San Salvador Atenco, dans l’Etat de Mexico etc. D’autres encore cheminent à travers l’exercice du pouvoir public dans des gouvernements municipaux autonomes, comme dans les expériences d’Oaxaca et de Guerrero, où il existe une relation avec l’Etat, mais on exige que soient respectées les formes de « autogouvernement » et les décisions des communautés.
L’autonomie varie aussi quant à ses débuts : certains commencent par un axe de lutte spécifique, par exemple, défense de la terre et le territoire, et/ou projets de développement, et/ou justice, et/ou respect de l’élection des autorités et gouvernements autonomes, et/ou éducation ; d’autres incluent tout dans un même processus, élaborent leurs lois et récupèrent leurs propres formes d’organisation. Dans le cas du Mexique, le gouvernement refuse de reconnaître celles-ci parce que cela signifie la redistribution du pouvoir et la transformation des relations hégémoniques de domination entretenues par l’Etat envers les peuples indigènes.
L’impulsion des autonomies au Mexique se fait dans un contexte qui favorise sa répétition et sa reproduction dans de divers pays d’Amérique Latine et du monde, comme chez les indiens Miskitos au Nicaragua, les Indiens de la Coordinatrice d’Organisations Indigènes et Paysannes de Guatemala, les Lencas et peuples de descente africaine au Honduras, les Cunas au Panamá, les Aymaras en Bolivie, les Mapuches au Chili et en Argentine, etc.
Dans ce contexte, nous estimons que la proposition de l’EZLN, basée désormais sur les nouveaux Caracoles et les Juntas de Buen Gobierno (Conseils de Bon Gouvernement) proposés et inaugurés à Oventik, prend à chaque fois plus de force et d’importance. La proposition d’autonomie zapatiste est la plus complète parce qu’elle aborde les aspects économiques, politiques, sociaux et culturels des peuples. Avec cette intégralité, on propose de modifier radicalement tout un système injuste et imposé depuis le haut par les mauvais gouvernements en place au Mexique, au Chiapas et dans d’autres pays où les gouvernements sont au service du système néo-libéral. La proposition zapatiste avance et elle constitue un défi pour les gouvernements fédéral et d’Etat, ainsi que pour la société civil nationale et internationale, et pour les organisations indépendantes. Il y a là un projet auquel ces dernières peuvent adhérer ou reproduire dans tout le pays.
Cependant, il faut reconnaître que l’autonomie a aussi ses défis : il faut qu’elle soit en lien avec d’autres processus nationaux et internationaux, qu’elle évite d’exclure, qu’elle respecte la diversité, qu’elle construise depuis la base vers le haut, depuis les propres identités et cultures qui font partie de la nation ; il faut aussi dépasser les mauvaises coutumes, privilégier la solidarité et l’intérêt collectif.
FORUM SUR LES AUTONOMIES
DECLARATION FINALE
Réunies à San Cristóbal de Las Casas (Chiapas), symbole de dignité et de résistance dans la lutte indigène, plus de 200 personnes de 75 organisations du Mexique ayant des expériences d’autonomie dans leurs communautés, municipes, régions et dans d’autres processus sociaux et autonomes dans les Etats de Guerrero, Oaxaca, Estado de Mexico et Chiapas, ainsi que 7 organisations d’observateurs et de solidarité internationale venues d’Italie, de Suisse, de France, des Etats Unis, du Canada, du Japon et d’Espagne, ont répondu à l’appel lancé par les différentes organisations civiles qui composent le Réseau pour le Paix, (Red por la Paz) les 14, 15 et 16 août, dans le but de créer un espace de rencontre et échange sur les processus de construction de l’autonomie, en partageant les avancées, les problèmes et les propositions.
La lutte pour les autonomies a une large trajectoire historique au cours de laquelle les pratiques, les traditions et les formes d’organisation politique autonome des peuples ont toujours prévalu, même si l’exigence de la reconnaissance juridique devient plus insistante après les Journées de Résistance célébrées en 1992, et acquiert une importance énorme à partir du soulèvement zapatiste de 1994. Depuis lors, l’autonomie constitue l’axe des revendications des peuples indigènes et de la construction d’alternatives face au modèle néo-libéral dominant.
Même si, au niveau international, le gouvernement mexicain a ratifié la Convention 169 de l’OIT, et, au niveau national, il a signé les Accords de San Andrés, il n’a pas respecté les engagements établis dans ces textes, qui reconnaissent notre droit à la libre détermination, et l’autonomie comme étant la manière d’exercer de ce droit. C’est pourquoi nous poursuivons notre lutte légitime pour la réalisation effective des droits individuels et collectifs déjà établis dans les textes, et nous refusons la réforme constitutionnelle approuvée en 2002, car elle ne respecte pas la loi COCOPA qui propose en matière de droits et culture indigènes une réforme où sont repris les consensus adoptés à San Andrés.
Dans le contexte de la crise actuelle de crédibilité, légitimité et représentativité que traverse l’Etat mexicain, les autonomies se fortifient en tant qu’alternative pour exprimer les intérêts et aspirations des peuples indigènes et de la société en général, dans la construction d’un nouveau projet d’une nation qui assume pleinement sa composition multiculturelle et pluriéthnique.
Ces jours-ci nous avons connu des expériences d’autonomie exercées dans plusieurs Etats du pays, des expériences ayant atteint des niveaux d’avancement et des étapes différents, en fonction des réalités spécifiques des communautés. Certaines expériences vont depuis le niveau communal ou municipal jusqu’au niveau régional, et s’expriment en termes de défense de la terre et du territoire, de projets de développement, de justice, de respect de l’élection des autorités et de gouvernements autonomes, d’éducation, de soins ; tandis que d’autres ont pris la forme de processus d’autonomie intégrale englobant les différents domaines de la vie politique, sociale, économique et culturelle.
Toutes les expériences ont la même origine, l’exclusion, et un même dessein, une société nouvelle, plus juste et plus équitable, où tous les peuples peuvent se développer plus dignement et plus librement.
Afin de réaliser ce dessein nous sommes arrivés aux considérations suivantes :
1. Nous réitérons notre ferme décision de continuer à exercer, approfondir et fortifier les processus d’autonomie.
2. Ces processus d’autonomie, qui sont nécessaires à la construction d’une société nouvelle doivent :
3. Nous ratifions la défense de la terre, du territoire et des ressources naturelles en tant qu’éléments fondamentaux pour la construction des processus autonomiques, et comme instrument de résistance face aux projets néo-libéraux.
4.Nous exigeons la démilitarisation de nos territoires, le désarmement et la dissolution des groupes paramilitaires, et nous nous opposons à tous les actes de répression perpétrés par les autorités et les forces de sécurité.
5. Nous reconnaissons les Accords de San Andrés et la Convention 169 de l’OIT comme étant les bases légitimes qui appuient l’exercice des l’autonomie.
6. Nous concluons qu’il est nécessaire de rechercher les liens entre les différents processus autonomiques, en créant des espaces de rencontre, des mécanismes de communication et des instruments de soutien mutuel afin de fortifier ces expériences.
7. Nous saluons et nous reconnaissons l’initiative zapatiste de création des Caracoles et des Juntas de Buen Gobierno établies dans les différentes régions autonomes, car ces structures donnent une nouvelle impulsion à la construction de processus autonomiques. Nous faisons nôtre le Plan La Réalidad-Tijuana, nous assumons cette tâche commune et le défi qui consiste, dans nos organisations et nos structures autonomes, à travailler selon le principe de « mandar obediciendo » (diriger en obéissant).
San Cristóbal de las Casas, Chiapas ; Mexico. 16 août 2003
Abogados Descalzados; Alianza Civica; Amusgos de Xochistlahuaca, Guerrero; Arripa; Area de Salud de las Abejas; ARIC Independiente; Bacosan; Capise; caritas; CDH Fray bartolomé de Las Casas; Cepaz; CERCIT; CIAM; Cideci; CIMCHOL de Teotongo, Oaxaca; CIOAC; Coceci –FDD; COCIDEP; Codimuj; COFEMO; Colectivo Aprendamos; Colectivo Lunatik; COLEM; Colonia Nuevo Matzan; Com. San Fco; Comercio Justo; Comision local CORECO; Comité Internationaliste; Consejo Indigena Municipal Chocholteco; Coop. Tzaltal Tzotzil; Coreco; Derechos Humanos; Desaroolo,Paz y Justicia; DESMI; EAPSEC, A.C.; Edupaz; Enlace, Communication y Capactiación; feminario; FOCA; Foro para el desarrollo Sustenable; Fray pedro; frayba; Grupo de Mujeres; Iglesia Zona tsotsil; Interdisciplinaria de Chiapas; Investigadoras Universidad Sevilla; Jolom Mayaetik; KeioUniversity; Kinal Antezik; Las Abejas; Las delicias; Lazaro Cárdenas; Lumaltik; Mani Tese; melel Xojobal; Mephaa/savii Mujeres Indigenas; Nichim Riasa;Nipa- Conami; OCEZ-CNPA; OICI; Paraiso Grijalva; paroquia Chicomuselo; Parroquia Simojovel; Paz y 3er Mundo; Plataforma Vasca; Prom. Der Humanos; Promor de D.H.; Promotor DDHH El Bosque;Propaz Suiza; Proyecto de Vida y Hermanadad; Pueblo Creyente; Quichanib; Reconstruyendo nuestras vidas; Red de Defensores; red de Yilel Stekil kuxlejal Antetik; Reocone,A.C; Ricaa; Seminario; Seminario de Estudios sobre Fronteras y Chicanos; Serapaz; Simojovel; Sipaz; Solidago; Universidad de la Tierra; Usipa; Xolom mayatik; Zona Pinal Mision de Guadelupe; Zona Tseltal bajo.